Briel HérasiasVigilant de Barhab(Dreck 3072 - ?) |
L’année 3064, Ervine Dicanne partit de Dreck pour effectuer son pèlerinage vers l’Immuable. C’était une jeune femme d’une timidité maladive qui, malgré sa grande beauté, n’avait encore jamais trouvé de prétendant, fuyant quiconque lui parlait. Elle n’avait pas quitté la ville depuis deux jours que les pèlerins furent appréhendés par une troupe de brigands bien connus des environs, qu’on nommait les Tigres de Dreck, car ils avaient apprivoisés plusieurs de ces félins et s’en entouraient lorsqu’ils attaquaient les convois, provoquant la peur chez leurs victimes. Curieusement, alors qu’elle tremblait devant le plus inoffensif des êtres humains, Ervine ne fut pas prise de panique devant les animaux, si bien qu’elle fut vite remarquée par le chef des bandits, un homme du nom de Vander. Celui-ci tomba amoureux de la jeune femme et, peut-être parce qu’il tenait lui-même plus du fauve que de l’homme, Ervine l’aima en retour. La vie aventureuse de Vander ne lui permettait pas de s’installer avec sa bien aimée, aussi revint-elle à Dreck où il allait la voir dès qu’il le pouvait, tout en continuant à mener sa troupe de brigands. Ils eurent trois enfants qu’Ervine éleva pratiquement seule, deux filles puis en 3072 un garçon qu’elle prénomma Briel.
Ervine ne fit jamais secret à ses enfants de l’identité de leur père, aussi Briel et ses sœurs grandirent-ils en sachant que celui-ci était un brigand recherché. Loin d’éprouver de la peur ou de la honte, ils aimaient leur père tendrement, et il le leur rendait lorsqu’il parvenait à les voir, les bras chargés de présents dont il préférait taire la provenance.
Lorsqu’elles eurent atteint leur majorité, les sœurs de Briel quittèrent toutes deux la maison familiale pour aller rejoindre leur père et sa troupe. Le garçon avait hérité de sa mère un caractère renfermé, quoique à un degré bien moindre, et il passait le plus clair de son temps sans parler, tout en réfléchissant beaucoup. Une part de lui aurait aimé rejoindre son père à son tour, mais une autre le lui défendait âprement. Longtemps tiraillé entre ses deux aspects de sa personnalité, il finit par céder à l’appel de la droiture, renonçant à toute idée de banditisme.
Il entra au temple de Dreck en qualité de novice et devint bientôt prêtre de Barhab. Son caractère posé et discret l’avait prédestiné à servir le dieu de la paix. Le nom même qu’il choisit démontrait le peu de goût que le garçon avait de se mettre en avant, Hérasias, l’olivier en vieil orbis, étant un des noms les plus couramment choisis parmi les serviteurs du Pacifique.
Il officia durant six ans dans la ville de Dreck. Rien ne le prédestinait à son extraordinaire avenir. Sans doute serait-il demeuré simple prêtre si n’avait été sa famille de brigands.
En effet, les Tigres de Dreck avaient gagné de nombreux partisans et devenaient une organisation telle que le Conseil Permanent décida de réagir, envoyant plusieurs Formateurs afin de régler le conflit.
Craignant pour son père et ses sœurs, Briel s’engagea activement dans la lutte contre les malandrins, désireux d’être sur place pour pouvoir contrôler la situation et la régler plutôt par la négociation que par la violence. Son engagement total fut vite remarqué et il fut bientôt nommé Formateur, chef de file du réseau de lutte contre les Tigres de Dreck.
La situation était périlleuse pour lui, devant à la fois contrer les agissements de sa famille et les préserver. Plus d’une fois il se retrouva à commander une action contre les bandits un jour puis à accueillir ses sœurs et son père le lendemain lors d’une réunion familiale. Il tentait bien de les convaincre de cesser leurs activités clandestines, mais ils ne faisaient pas cas de ses avertissements.
Enfin vint le jour où il parut que les dieux eux-mêmes tinrent à punir les bandits. Leurs nombreuses exactions avaient fini par faire reculer une bonne partie de la population de Dreck, délaissant la partie la plus orientale de la cité, près de laquelle les Tigres avaient leur repaire à quelques kilomètres dans les terres de culture. L’abandon de la périphérie diminua le rayon de stabilité de la ville et le repaire fut soumis à une déstabilisation intempestive. Le campement des brigands fut soudain écrasé sous des tonnes de roche. Dès qu’il apprit la nouvelle, Hérasias se rendit sur les lieux, insouciant des dangers. Là, sous le regard de nombreux témoins, il dégagea les éboulements, fendit les murailles de pierre, ouvrit enfin une large ouverture vers une poche d’air où avaient été enfermés des bandits miraculeusement épargnés.
Il sauva ce jour-là, à lui seul, plus de trente vies humaines, accomplissant un exploit que deux formateurs réunis n’auraient pu réaliser. Sa détermination à sauver sa famille avait décuplé ses pouvoirs. Hélas, parmi les survivants n’étaient ni son père, ni ses sœurs.
Sa prouesse fit néanmoins le tour de l’Orbiviate, et le hasard le reste. Un Régisseur de Barhab mourut quelques semaines plus tard, et le Vigilant d’alors songea à Hérasias pour remplir le poste vaquant. Celui-ci accepta.
Quelque temps plus tard il devint Vigilant en remportant l’épreuve imposée, consistant cette année là à dévier un fleuve de lave venu du domaine des dieux, qui menaçait de détruire la ville de Gordolle.
Son aspect trapu, son léger embonpoint et sa face rubiconde ornée d’une barbe courte confèrent à lui donner un air paisible. Bien que ne se mettant jamais en avant, Hérasias est respecté par ses pairs et ses avis délivrés avec sagesse et parcimonie sont écoutés avec la plus grande attention au sein du Septemvirat.