Halaïnechampion des dieux(Sérène 679 - Sérène 770) |
Au cours de la première ère de l'Orbiviate, du temps où les hommes luttaient à chaque instant pour l'expansion de leur monde, de nombreux héros se couvrirent de gloire en affrontant des périls considérables. Parmi eux, Halaïne de Sérène fait figure d'exemple par le combat insensé qu'il mena contre les Abjurés, jusqu'à y perdre son esprit et son âme.
Combattant invulnérable, il vint au monde dans ce qui n'était alors qu'un modeste bourg sur les berges du grand fleuve Marlevent, Sérène. L'histoire de sa vie est tellement pénétrée par le mythe qu'il est pratiquement impossible de distinguer le vrai du faux. À en croire les poètes, le jour même de sa naissance, les Abjurés envoyèrent l’Ankou s’emparer de lui. Les Cinq savaient que l’homme que deviendrait Halaïne serait l’un de leurs plus farouches adversaires. Aussi avaient-ils décidé d’étouffer sa vie avant même qu’elle n’ait commencé.
Mais l’Ankou ne put s’acquitter de sa mission car, surgi de nulle part, un puissant combattant s’interposa pour le défier. La nuit durant, un duel titanesque fit rage qui détruisit en partie la ville. Blessé par son adversaire, l’Ankou dut renoncer à sa mission et retourner piteusement auprès de son maître. Nul ne sut qui était l’homme qui avait sauvé le nourrisson, car il disparut sitôt le danger écarté.
Beaucoup pensèrent par la suite que Qaôzer lui-même était apparu pour défendre l’enfant, et ce dernier fut donc nommé Halaïne, ce qui signifie le trésor.
Malgré la misère dans laquelle il fut élevé, le garçon grandit à une allure surprenante. Tous s’émerveillaient de sa vigueur et de sa force. À huit ans, il faisait déjà la taille d'un adulte. À quatorze, il était devenu un véritable géant, assez fort pour vaincre n'importe quel adversaire. Il quitta son foyer le jour de ses quinze ans. Suivant la direction du couchant, il se trouva bientôt sur les terres de la Sentinelle de l’ouest, une femme valeureuse ayant voué sa vie à défendre la cordillère des quatre cités. A l'époque, des hordes sans fin de reptiles recouvraient peu à peu les montagnes et dévoraient hommes et bétail comme un océan de fourmis. Les troupes de la Sentinelle étaient exterminées et il ne restait plus que la noble combattante pour résister encore au sommet du pic de bronze. Halaïne chargea cette marée vivante alors qu’il n’avait pour seule arme que son couteau de berger. Il combattit plusieurs jours durant et les montagnes tremblèrent tant ses assauts étaient terribles.
Il est dit que les dieux eux-mêmes cessèrent leur ouvrage sur les Terres Éphémères pour assister à cette bataille. Impressionné par la bravoure dont faisait preuve un homme seul contre une multitude d’ennemi, Qaôzer lui fit alors un don. Le couteau avec lequel combattait Halaïne gagna peu à peu en solidité et en taille. A chaque nouvel adversaire vaincu, il se changeait en une arme un peu plus redoutable. Au terme de ce long combat, c’était une lance que tenait le jeune héros, pareille à nulle autre, et investie d'une conscience. Halaïne l'appela Glamoraine, celle qui est née dans le sang. Elle allait être pour lui la plus fidèle de toutes les compagnes et jamais il ne s'en sépara au cours de sa longue vie.
Le sauvetage de la Sentinelle de l'ouest ne fut que le premier d'une longue série d'exploits. Halaïne mena bien des batailles pour défendre les hommes contre les incursions des Abjurés. Un des contes les plus populaires écrits à son sujet relate comment il triompha du labyrinthe vivant que le dieu Yanothan avait constitué autour de la colline d'Othrinte. Dans ce lieu de pèlerinage, le Constant avait placé son sablier Zévyld par lequel le temps s'écoule sur le monde depuis le commencement du monde. Par sa bravoure, Halaïne avait gagné le droit de s'en servir. Grâce à lui, il put revenir dans son propre passé et apparaître le jour même de sa naissance pour défier l'Ankou. Il avait compris en effet que c'était lui qui était intervenu autrefois pour sauver sa propre vie.
Hélas, après qu'il ait usé d'un pouvoir aussi grand, les Sept ne purent plus lui accorder leur protection. Par orgueil, Halaïne crut pouvoir descendre dans les cavernes de Vostisse pour y défier les Abjurés en personne. Une malédiction s'abattit alors sur lui qui devait mettre fin à ses exploits. La vision insoutenable des Cinq sous leur véritable forme l'avait rendu aveugle.
Humilié, à moitié fou, Halaïne s'exila sur une petite île faisant face à sa ville natale. Il y resta plusieurs décennies avant de mourir dans un extrême dénuement. Seuls les dons des habitants de Sérène lui avaient permis de survivre aussi longtemps. A l'endroit même où il s'étendit pour mourir, les dieux édifièrent un mausolée et sept enceintes. Halaïne y repose depuis, ses armes à ses côtés, attendant qu'un nouveau champion vienne s'emparer de la lance et de l'écu. Nul n'y est parvenu en deux-mille quatre-cent ans et il semble que nul n'y parviendra jamais, car chacune des murailles est le siège d'une épreuve redoutable conçue par les dieux eux-mêmes. La cité qui vit naître Halaïne est devenue célèbre pour ses jeux organisés chaque année en l'honneur du héros. Elle porte désormais le nom de Sérène-Halaïne.